Par Dominique Dubois : dubois.dominique@gmail.com
L’ouverture d’un HFO (Haas Outlet Factory) chez REALMECA à Clermont en Argonne fin 2007 a été l’occasion de toucher du doigt la réalité du support client “façon Haas” en France comme d’entendre M. Robert Murray sur sa vision du marché et les ambitions d’un acteur majeur de la machine-outil.

Fig. 1 - Au moment de l’inauguration officielle du nouveau Factory Outlet : de gauche à droite, MM. Peter-Franz Herbst, directeur des ventes Haas, Jean Friess, PDG Realmeca, Bertrand Friess DG Realmeca, Robert Murray, administrateur délégué Haas et Peter Hall, DG Haas.
Le point de vue de HAAS
Le support au client et par voie de conséquence à ses distributeurs est la clé de voûte de la stratégie commerciale du géant d’Oxnard (Californie). Si Haas Automation Europe est connu pour sa politique tarifaire fixée au niveau mondial et positionnée de façon agressive alliée à des marges contenues dévolues aux distributeurs, son soutien est total envers ceux-ci que ce soit au niveau formation, stock, catalogues, expositions, machines en dépôt, support technique, etc. La mise en place, chez certains distributeurs sélectionnés, d’un centre technique usine avec un stock conséquent correspond à une logique certaine. La force de Gene Haas a toujours été de raisonner mondialement au niveau marché mais de penser “service de terrain local”. Les américains sont connus pour leur pragmatisme et leur faculté à aller au bout de leurs concepts en s’en donnant massivement les moyens. Celui de “service au client” est primordial pour eux, bien plus que le produit ou son nom. Peu de constructeurs ou d’importateurs de machines outils ou d’équipements ont vraiment compris qu’un service après vente et un soutien technique omniprésents font plus pour une réputation et un chiffre d’affaires qu’une vitesse de broche ou d’avance. Nos amis allemands, suisses ou japonais ont cette culture mais ont parfois du mal, en dehors de leurs frontières, à appliquer ces principes, notamment au niveau de la réactivité.
Haas poursuit donc, à partir de ses centres régionaux comme celui basé en Europe, ses implantations de centres techniques supports dans tous les pays concernés. Un autre volet de sa stratégie commerciale concerne le monde de la formation avec des dotations aux universités ou la mise en place de véritables centres de formation “maison”, ce qui représente déjà un effort très soutenu sur le continent nord-américain, mais TraMetal aura bientôt l’occasion d’y revenir plus en détail.

Fig. 2 - Un centre d’usinage horizontal palettisé Haas EC300 prêt à l’expédition chez Realmeca.
Un constructeur majeur
Le constructeur californien a encore pour beaucoup une image de fabricant “low cost” de machines légères mais il y a déjà longtemps que la gamme s’est étoffée vers le haut et que les performances comme les équipements sont d’un niveau très honorable. Les machines Haas ne sont pas des machines à pointer et les machines multi-fonctions UGV à moteurs linéaires ne figurent pas dans la gamme mais ce sont des machines de production, fiables, répondant à 80% des besoins, ce qui est exactement le but recherché. Ce qui est mis en avant c’est le coût de revient du m3 de copeaux, argument qui en vaut bien d’autres. Ajoutons d’ailleurs que l’ingénierie frugale”, en train de devenir furieusement à la mode actuellement, est partie intégrante de la culture maison depuis plus de 20 ans ce qui a généré une foule d’astuces techniques sur les machines, bien pratiques pour les opérateurs.
La production intégrée en grande série des sous ensembles standardisés est la clé de la rentabilité de la maison. Les broches sont produites en grand nombre avec les rectifieuses les plus modernes (VOUMARD, STUDER) et des stocks massifs sont maintenus, y compris pour des modèles anciens mais toujours en service. Haas sort 60 machines par jour et est le premier producteur mondial de tables rotatives. Les ateliers flexibles d’Oxnard sont de véritables monuments comprenant parfois plus de mille palettes et servis par les machines les plus adaptées, aussi bien du Haas que du Mori Seiki ou de l’Hitachi Seiki pour les plus anciennes. Plus de 400 centres d’usinage ou de tournage produisent 100 000 articles de façon régulière. Les CNC sont désormais produites en interne à haute cadence à cause du différentiel croissant entre le Yen et le dollar. Les gens de chez Haas veulent garder le contrôle absolu de la fabrication et de la pérennité de leurs composants critiques, dont les changeurs font aussi partie. Avoir une CNC propriétaire permet de l’optimiser sans cesse et un opérateur rencontrera le même environnement sur toute la gamme. La part du marché US est estimée à 40% en 2007.
Haas sur le marché français
Les centres d’usinage verticaux représentent encore 60% du volume mais les modèles horizontaux se développent (5%) et les tours complètent avec 35% donc. A terme Haas prévoit de finaliser cinq Factory Outlets en France avec un stock des pièces de consommation ou d’usure dans chaque établissement. Bien entendu des camionnettes et des techniciens en cottes siglées de rouge assureront les visites. “Total support from single source”, voilà le fil rouge. Les observateurs noteront l’absence d’anti-collision embarquée, la simulation de la FAO devant y pallier, ce qui peut se discuter, sur un tour notamment. En revanche des fusibles mécaniques sont prévus pour limiter les dégâts éventuels. Comme le précise Peter Hall, le Directeur Général “Nous avons prévu cinq technocraties en France, répartis sur sept sites. Notre objectif est de passer de 250 machines par an à quelques 400 dans les 3 ans”.
Un mot sur REALMECA
Haas Automation constitue une gamme d’entrée fort intéressante pour le constructeur de Clermont en Argonne. Realmeca possède le savoir faire et les hommes en plus des moyens et sera un partenaire et un intégrateur précieux pour Haas en France. La gamme SPINNER vient compléter encore cette offre avec des machines de production précises et puissantes qui ouvrent à Realmeca des marchés nouveaux tels que la production automobile, l’énergie, les transports ou les composants hydrauliques. Realmeca est donc à ce jour le seul constructeur français indépendant capable de répondre à une vaste gamme de besoins et intervenant à l’international. Force est de reconnaître que messieurs Friess, père et fils, ont fort bien tiré leur épingle du jeu et donné des perspectives de développement raisonnées à leur entreprise.

Fig. 3 - Fleuron de la gamme Précision de Realmeca, cette Hyperprécision 8 en cours de finition, ici équipée d’une CN Siemens.
Outre la production des machines maison et les travaux d’intégration sur les gammes distribuées, les équipes de Realmeca s’illustrent aussi dans la production de composants pour la Défense Nationale, DASSAULT et THALES principalement. Il s’agit de véritables codéveloppements avec des donneurs d’ordres qui confient des pièces critiques telle ce magnifique nez d’antenne radar pour avion Rafale largement usiné en cinq axes continus sur une VF6 de chez Haas, quasi standard. Citons aussi des nez de missiles Mica ou des plans de dérive de Rafale équipés de contremesures. Bien entendu, Realmeca se charge du montage des sous ensembles, des essais et des remises en état ou à niveau éventuelles. Les locaux abritent une chambre sourde, des enceintes climatisées et des bancs d’essais de sous ensembles, de missiles Exocet notamment.

Fig. 4 - Les visiteurs de chez Haas ont vivement apprécié de voir cette VM6 usiner sur un montage spécial les très complexes supports d’antenne radar pour Thales.
Rappelons que Realmeca est un pionnier de l’usinage dur en cinq axes et que ses machines auto adaptatives de haute précision font référence depuis au moins 2005 avec la RV2 5A Hyper Précision, servie par un magasin palettisé. En avant 1ère mondiale, la société Realmeca a présenté, à l’occasion du SIMODEC, sa nouvelle machine multifonctions RM3 dédiée à la micro mécanique. Il s’agit d’une machine modulaire qui à partir d’un centre d’usinage 3 axes pourra se décliner en machine 5 axes et jusqu’à une machine de tournage. Nous reviendrons aussi sur la vedette du stand à Industrie 2008, à savoir la RM7H qui est un centre d’usinage multi-fonctions- toutes opérations conçu pour travailler à partir de barres et de “sortir” des pièces finies avec une excellente précision et acceptant des diamètres de 52 mm.

Fig. 5 - M. Murray est intéressé par la qualité du grattage des glissières des bâtis de cette RM5 en cours d’assemblage. La masse des bâtis est coulée sur place en granite composite.
L’état major de Haas a été aussi très intéressé par les halls de fabrication et de montage des machines Realmeca où les bancs en béton composite reçoivent leurs glissières avant grattage, ce qui permet de garantir une précision de +/- 3µ sur les trois axes linéaires. Indiscutablement le constructeur français est bien le bon partenaire pour Haas.

Fig. 6 - Exemple typique d’astuce peu coûteuse et diablement pratique: cette buse d’arrosage se programme en inclinaison avec le numéro d’opération correspondant et se trouve donc toujours bien à sa place.
Concrètement ?
Comme Bob Murray le détaille, Haas se construit patiemment une image de marque mondiale d’excellent rapport qualité prix et de fiabilité en se donnant massivement les moyens d’assurer un service technique sans faille. Une politique d’innovation pragmatique soutenue permet de coller aux besoins des marchés locaux et des grandes tendances mondiales, pourvu que le volume prévisible soit conséquent. Si Haas n’entend pas dévier de sa route pour s’éparpiller dans des niches de marché jugées moins profitables, comme les centres d’usinage ou de tournage multifonctions, une politique constante d’innovation et de remise à niveau de toute la gamme sera poursuivie, notamment en ce début 2008. TraMétal a pu constater lors de la dernière EMO que le numéro 2 du constructeur californien n’avait pas les yeux dans sa poche et un sens de la synthèse évident : après deux heures de survol de cette immense exposition seulement et en dépit des fatigues du voyage, il pouvait lâcher “il y a vraiment beaucoup de robots et d’automatisation cette année sur les machines exposées”. Tout était dit.