par Dominique Dubois : dubois.dominique@gmail.com

L’annonce, un peu prévisible, de l’accord de reprise de HURON-GRAFFENSTADEN SAS par l’indien JYOTI, a donné lieu à de nombreux commentaires “autorisés”. D’aucuns déploraient cette nouvelle démission de la Machine-Outil Française face à l’Étranger tandis que d’autres, jouant les blasés, pontifiaient que cette nouvelle confirmait qu’il était vain de penser garder une telle industrie en France et qu’il fallait se concentrer sur les services.
Comme le disait à peu près le regretté Coluche “Si c’est pour s’autoriser à penser des c......., il faudrait être autorisé à fermer sa g....”
Les réalités de la mondialisation
Rappelons une fois encore que chaque emploi industriel génère au moins trois emplois dans les services justement et que le secteur tertiaire est surtout connu pour procurer des emplois précaires, l’exemple de l’Angleterre est là avec sa croissance réelle mais aussi une croissance parallèle de la précarité, ce qui la fragilise.
La vérité, c’est qu’il y a toujours une place pour la machine-outil française avec ses remarquables avancées techniques et son savoir-faire que toute la profession reconnaît, mais à la condition de sortir non seulement d’un marché hexagonal trop étroit mais aussi de l’Europe, marché mature et à la croissance faible. Donc s’allier avec une entreprise ayant des ambitions mondiales et des moyens en rapport est plutôt un coup de maître pour M. Gilbert Fischer et son entreprise. D’une part, Huron peinait à atteindre la taille critique suffisante pour se maintenir à l’international et, d’autre part, son dirigeant devait penser à une relève qui se faisait attendre pour pérenniser l’entreprise.
Une chance de développement unique pour Huron au niveau mondial
La coopération avec les gens de chez Jyoti ne date pas d’hier et les équipes à la tête d’indien ont pu se rendre compte que leurs homologues de Gujarat et de Rajkot partageaient la même passion de la belle machine-outil, que les produits de la gamme Huron les intéressaient vraiment et que le développement de produits complémentaires par les français serait facilité par la puissance financière de ce groupe à la croissance de 100% par an depuis 3 ans et qui consacre 80 personnes à la R&D. Le PDG reste M. Fischer pour 3 ans au moins et l’offre française va se renforcer dans l’usinage à grande vitesse de pièces complexes avec des prix compétitifs et un soutien puissant sur les marchés à fort potentiel que sont l’Inde et la Chine.
C’est tout de même plus intelligent de s’allier avec un partenaire qui agit au niveau mondial pour pérenniser et développer son entreprise en France que de se vendre à un fonds de pension pour un enterrement discret quelques années plus tard.

Fig. 1 - La MX4 est une machine qui reste très accessible par l’opérateur aussi bien au niveau de la zone de travail que du changeur d’outils en dépit du changeur de palettes frontal.
Fig. 2 - Sur cette image la structure du MX4 est bien visible. Le montage particulier des deux axes rotatifs avec leurs moteurs couples permet de travailler avec la palette horizontale ou verticale, ou dans n’importe quelle autre position.
Des projets plein les cartons
Il n’était que de voir le nouveau MX4 du constructeur alsacien qui se lance dans la machine cinq axes de production pour jauger la vitalité de l’entreprise et de son bureau d’études. Ce centre palettisé, très abouti, bénéficie d’une dynamique excellente et la faculté de basculement des palettes retenait l’attention de nombreux visiteurs à Hanovre. sur le stand franco-indien. Une telle machine mérite à l’évidence une diffusion mondiale avec une construction à cadence soutenue et n’a à rougir devant aucun concurrent. Le renfort des tours Jyoti est le bienvenu pour les commerciaux de chez Huron qui ont désormais une gamme apte à répondre aux besoins des
outilleurs et autres moulistes mais aussi des secteurs automobiles et aéronautiques comme du bio-médical. D’ailleurs M. Fischer laissait entendre avec le sourire que certains projets novateurs que Huron n’avait pu développer pourraient bien devenir d’actualité dans un futur proche... Notamment l’étude d’une machine “mondiale”, en coopération avec les ingénieurs indiens en faisant converger les désirs de marchés à fort potentiel, serait sur les rails.
Fig. 3 - Les halls de calibration et d’essai avant livraison de Jyoti dans l’usine de Rajkot.
Qui est Jyoti ?
Le démarrage de Jyoti est un peu comparable à celui d’un géant californien actuel: en 1989, l’entreprise a commencé par produire des boîtes de vitesses sansjeu pour tours de précision, puis des tours spécialisés, avant de sauter le pas vers la commande numérique en 1997. Ce furent d’abord des tours de plus en plus sophistiqués, recevant des moteurs linéaires dès 2001 et le lancement d’un tour pour applications non circulaires, le SECT. La même année, le premier centre d’usinage vertical, le VMC 40 linear est proposé sur le marché indien d’abord, puis à l’EMO de Milan en 2003, avec toutes les certifications ISO et du TUV requises. En 2004 une machine de découpe laser est créée pour les diamantaires tandis que la gamme des centres d’usinage et des puissants tours CN se développe considérablement. Un accord de distribution des produits Huron sur le territoire indien est signé en 2006, la gamme EX du constructeur français est alors produite en Inde et puis ce sera l’accord de reprise de septembre 2007. L’entreprise indienne est
présente dans la plupart des pays industrialisés et ses machines sont d’un haut niveau technologique, utilisant d’ailleurs les meilleurs composants du marché avec, notamment, des cinématiques SIEMENS, CN comprises. Le VMC 70 linear est un centre d’usinage vertical cinq axes tournant à 42 000 t/mn pour 100 m/mn au rapide. Le PDG de Jyoti, M. Parakram Jadeja est confiant dans un développement en synergie des deux sociétés qui sont complémentaires au niveau de leurs gammes et de leur savoir-faire technique.
Fig. 4 - Le VMC 70 Linear de Jyoti est une machine tout à fait digne de la production d’Europe de L’Ouest.
Incontestablement un nouvel acteur majeur vient d’apparaître sur la scène européenne et ses arguments sont sérieux. A se focaliser sur la Chine, il était facile d’oublier que l’Inde est depuis longtemps un gros producteur de machines-outils et que ses constructeurs allaient bien finir par regarder au-delà de leur énorme marché. Huron-Jyoti sera une des visites incontournables du prochain salon INDUSTRIE 2008 à Paris.