par Dominique Dubois
ddubois@trametal.com
Avec l'inauguration début juin de l’unique pôle européen de micro et nano technologies, Grenoble compte bien faire un grand bond dans l'infiniment petit, développant ainsi les emplois de la région et attirant des compétences de tous horizons.
L’équation micro-électronique = Grenoble Isère est clairement soulignée par François Loos, venu inaugurer ce centre de 45 000 m2. Accompagné, notamment, de Jean Therme, directeur du Commissariat à l'Énergie Atomique et initiateur du Minatec, ainsi que d’élus locaux ayant soutenu le projet, le ministre délégué à l'Industrie a prononcé son discours inaugural devant un bon millier d'industriels, d'élus et de personnalités.
Minatec, dont le coût total ressortira à un peu moins de deux cent millions d’euros, concentre sur 8 hectares en pleine ville la recherche, l'enseignement et le développement industriel de composants majoritairement électroniques dont la taille varie entre un millième (micro technologies) et un milliardième de mètre (nano technologies). Quatre mille personnes -ingénieurs, chercheurs et étudiants- y sont employées. Grenoble devient ainsi un pôle scientifique incontournable, avec, au total, près de 17 000 emplois dans la recherche, 220 laboratoires et cinq centres de recherche internationaux.
La filière micro-électronique locale se taille la part du lion et emploie 13 000 collaborateurs. L’effet d’attraction se fait déja sentir avec l’installation ou la montée en puissance de plus de trente sociétés internationales, dont des leaders mondiaux de la micro-électronique tels Philips ou Motorola qui se sont installés en Isère.
Les nano technologies permettent un spectre d’applications considérable, dans les télécommunications, l’automobile, l’aéronautique, l’industrie pharmaceutique, la cosmétique ou la médecine, Ainsi on peut aujourd'hui mettre 200 millions de transistors sur une puce de 1cm2, produire des nano particules réfléchissant la lumière dans des crèmes solaires et des nanotubes de carbone aussi solides que l'acier dans certains plastiques. Les revêtements en couches minces ont déja des applications fantastiques en optique, outils-coupants et en traitements de surface. Les applications bio-médicales sont légion et sollicitent nombre de fournisseurs très divers. Les spécialistes en lasers, métrologie, micro-mouvements, bridage, outillage, finition, ébavurage, les fabricants de machines outils, etc sont tous sollicités et intéressés par ce marché en devenir qui pèsera déjà plus de mille milliards d’euros en 2015, soit dans moins de neuf ans.
Tout le monde n’était pas convaincu de l’utilité d’un tel centre à l’heure ou le gros de l’électronique a quitté l’Europe et certains parlaient même d’un ou de plusieurs trains de retard pour ce coûteux projet. Venus d’un autre bord, des manifestants s’opposaient vigoureusement à l’ouverture de ce centre, refusant le risque des applications mal maîtrisées des nano technologies. De nombreuses rumeurs entretiennent à plaisir l’inquiétude de certaines couches de la population. Un débat national et une instance de contrôle sont d’ailleurs en gestation.
En fait, les nano technologies sont une des rares solutions pour que les pays dits développés puissent "reprendre la main" au niveau de la production et des emplois relocalisés ou créés. La valeur ajoutée est considérable, les installations sont complexes, difficilement exportables et appellent non seulement des opérateurs hyper qualifiés mais aussi un tissu de sous-traitants très particulier (décolletage, horlogerie, micro-mécanique, etc).
Au total ce centre est très probablement une chance exceptionnelle à saisir pour toute la région avec des retombées possibles dans tout l’Europe. Une féroce compétition s’est engagée entre le Vieux Continent, le bloc Asiatique et les États-Unis au niveau de la recherche et du développement dans les nano technologies, avec plus de dix milliards de dollars investis au niveau mondial en cumulant l’effort public et privé. Pour l’instant la Vieille Europe tient son rang - hélas le troisième avec 25% du total - Minatec n’en était que plus attendu.