par Dominique Dubois - ddubois@trametal.com
Le groupe BYSTRONIC est un des deux ou trois grands acteurs mondiaux capables de fournir des systèmes de découpe et de pliage de tôles avec leur environnement d’automates et de logiciels. La filiale française a choisi de créer l’événement en France avec une toute nouvelle machine de découpe laser, la ByVention 3015 qui a pu être embarquée sur une remorque de poids-lourd et aller ainsi à la rencontre des clients et des prospects
dans les quatre principales régions industrielles francaises. Précisons qu’il n’est pas courant de promener ainsi un centre de découpe laser puissant, de capacité 3 x 1,5 m, accompagné de tous ses périphériques sur une surface aussi restreinte et aussi instable avec les contraintes d’une mise en route en quelques heures. Cette machine cache donc quelque chose.
Fig. 1 - Ces présentations ont rencontré un vif succés avec une tente et un podium montés autour de la remorque du camion porteur. Un groupe électrogène et un compresseur à vis fournissaient à la demande.
“Analysons le marché”
Tel a été le raisonnement de départ des équipes du spécialiste suisse. Les machines actuelles sont efficaces et au point mais leur taille, leur coût et les délais de livraison et de mise en service sont “bloquants” pour toute une partie des donneurs d’ordres potentiels. Quatre vingts pour cent des pièces sont exécutées dans des épaisseurs inférieures à 8 mm et dans des tôles de 500 mm au carré en surface. En outre, le critère de l’emprise au sol est de plus en plus critique, tout comme la consommation électrique. Enfin, les grandes séries en tôlerie, comme ailleurs, sont remplacées par des lancements petits et moyens avec des délais tendus. Ajoutons la pénurie des opérateurs qualifiés et la demande pour des produits plus simples, moins chers et plus souples d’emploi devient évidente. Encore faut-il pouvoir y répondre dans un contexte de course à la puissance et à la sophistication des équipements. Il n’y a, en fait, pas de concurrence dans le segment median, en machines de haut de gamme.
Ne pas hésiter à tout remettre à plat
Il s’agit donc de faire moins cher, facile à utiliser, à mettre en service, peu encombrant, souple, puissant, rapide, vite disponible, avec des performances ne cédant que peu aux modèles de la gamme haute. Une véritable gageure pour les équipes de R & D du constructeur. Le défi a été relevé après plusieurs années de travail et de belle façon, semble-t-il. La remise en cause et l’analyse poussée de la valeur pour chacun des éléments a été faite sans concession, sans idées préconçues et ses concepteurs se sont étonnés eux-mêmes du résultat.
Fig. 2 - La tête laser est ici en cours de travail sur une bande de tôle de 772 x 1500 mm. Cette zone est entièrement carénée et inaccessible en cours de travail.
Bystronic attaque un nouveau segment
Le cahier des charges était lapidaire: 36 m2 au sol, capacité 3 x 1,5 m pour 8 mm dans l’acier, une machine tout compris sans options, livrable quasiment sur stock, capable de démarrer en production sous 24 heures avec une formation minimale, intégrant les dernières évolutions techniques et le tout pour un prix d’appel de 265000 euros, prix mondial fixe. 50% du prix pour 80% des applications. Voila qui fait quelque bruit dans le monde feutré de la découpe laser. Bien sûr, tout ceci n’a pu se faire qu’au prix de certains choix techniques et de quelques astuces. L’intérêt, ici, est que l’utilisation de la machine n’en est nullement bridée, bien au contraire.
Fig. 3 - La table latérale est ici ouverte pour permettre le déchargement et le tri des pièces découpées et de séparer les squelettes. Pendant ce temps, la machine travaille sur une autre bande de tôle. Un opérateur peut facilement servir sur plusieurs machines.
La Byvention 3015, de solides arguments
Tout d’abord, le concept de table alternante, encombrant, lent et peu pratique pour les opérateurs qui travaillent sur des chutes ou des demi-tôles a été abandonné au profit d’une table latérale, accessible machine en marche (sur une autre plaque). La table d’amenée, à l’arrière, est conservée, le bloc compact filtre/refroidisseur se voit posé à faible distance de la machine et comprend une seule bouteille de gaz pré-mix pour le résonateur.
La source laser de 2,2 kW est intégrée et la puissance appelée ne dépasse pas les 37 kW, ce qui reste assez raisonnable. Le rendement de la source est de 9 pour cent, ce qui est très correct et la machine est livrée avec une tête de découpe universelle recevant différentes buses en fonction du métal travaillé avec des gaz de découpe variables suivant la matière retenue..
Le bâti, très ouvragé, est en fonte minérale avec des astuces comme les passages de câbles intégrés. La machine ne pèse que 14 tonnes pour une rigidité maximale. La source laser embarquée implique donc un chemin optique court. Outre les gaz classiques, le travail peut se faire à l’air comprimé pour de faibles épaisseurs.
La machine est entièrement close et la sécurité de l’opérateur est maximale. Les fumées sont aspirées et filtrées en continu. Le logiciel de programmation et de mise en fabrication Bysoft, fourni en standard, est très rapide à prendre en main. La machine, ellemême est commandée par une nouvelle CNC via un terminal mobile qui rappelle une grosse console de jeux, la programmation ne pouvant se faire que sur un PC extérieur avec Bysoft. L’interface est sous Windows CE 5.0 tandis que la version de Bysoft est la 6-7-1 avec de nombreuses aides à la programmation et un mode conversationnel très élaboré.
Au niveau technique, la machine séduira surtout avec son concept de travail sur des segments de tôle de 772 x 1 562 mm découpés in situ en flux continu. Après la définition puis la mise en fabrication d’une série ou d’une panoplie de pièces, le logiciel propose une mise en bandes avec ou sans imbrication et le travail peut commencer. A chaque étape, la tôle plein format avance de 772 mm et la bande est réalisée avant d’être évacuée, pièces et squelette vers la table latérale de déchargement. L’opérateur peut alors, tranquillement et sans faire attendre la machine, décharger et trier ses pièces. Bien entendu, il est facile de travailler sur des chutes de tôles et de sortir un prototype ou un dépannage en urgence, “entre deux”. L’accessibilité est remarquable et la machine facile à automatiser.
Une logistique révolutionnaire
C’est incontestablement au niveau de la logistique que Bystronic “a fait très fort”. Tout d’abord la machine est vendue quasiment sans options et livrée prête à démarrer. La garantie est de deux ans avec seulement les consommables à la charge du client. Le prix de vente inclut la formation, la livraison, la mise en place, les coûts de transport et même l’évacuation des emballages. Un contrat de maintenance de trois ans est inclus dont deux ans, gratuits, couverts par la garantie. Au terme des trois ans, une poursuite du contrat pour 3 000 euros par annuité est proposée. La valeur d’une telle machine, entretenue par le constructeur étant de toute façon élevée. La ByVention est même livrée avec deux bouteilles de premix, ce qui confère pas loin de six mois d’autonomie.
Les calculs donnent, pour trois ans avec 3 000 heures par an, ce qui est peu, un coût horaire-machine “tout compris hors opérateur” de 20 euros. Les équipements compris avec la machine représentent 40 000 euros pour un coût global de 50% du prix d’une machine classique.
Autre prouesse, la fabrication, montage inclus, est de 5 jours, hors bâti. Bien entendu, des partenaires livrent des sous-ensembles pré-assemblés. Plus fort, toute la logistique, stockage, livraison, installation, raccordement a été confiée à un prestataire externe. Une telle machine peut être livrée en quelques semaines au lieu de quelques mois et il est possible à une entreprise ayant “pris un marché” de tabler sur la nouvelle machine commandée dans la foulée pour pouvoir livrer à temps. 
Fig. 4 - Le démonstrateur de Bystronic présente la console de pilotage de la ByVention devant la porte coulissante. Avant tout démarrage, il faut répondre à une série de questions pour vérifier si tout est bien réglé.
Pour qui ?
Les PMI/PME au budget limité ou qui hésitent à sauter le pas d’une technologie qu’ils ne maîtrisent pas encore, les entreprises dont la charge de travail ne justifie pas une lourde machine classique, tous ceux qui ne réalisent qu’exceptionnellement de grandes pièces, les utilisateurs qui ont surtout des dépannages et des échantillonnages à livrer rapidement et peu de visibilité dans ce genre d’activité, etc. devraient être équipés. Afin de faciliter encore les choses, Bystronic a aussi mis en place un système de leasing avec des garanties de reprise.
Nul doute qu’avec une approche aussi novatrice d’un segment quasi vierge, la ByVention va faire un malheur. Nul doute non plus que le constructeur de Niederönz déclinera cette méthode à d’autres produits, sous peine de faire de l’ombre à d’autres modèles de la marque... Nul doute enfin que la concurrence va réagir, soit sur le terrain technologique ,soit sur celui des prix. Notons tout de même que nos amis suisses qui sont les plus chers du monde en coûts de production, n’ont pas besoin de délocaliser pour être moins cher et mieux disants.
Etonnant non ?