Par Dominique Dubois : dubois.dominique@gmail.com
Prenant place toutes les années paires sur l’immense site de Hanovre, Euroblech est et reste la grand-messe internationale du travail des métaux en feuilles ou en tubes. Cette exposition est incontournable du fait que les autres expositions industrielles ne prennent pas suffisamment en compte cette branche professionnelle qui se trouve souvent noyée dans la masse des exposants. Même si aujourd’hui de nombreuses passerelles existes et que beaucoup d’ateliers comprennent des machines de coupe, de découpe et de pliage/formage afin de pouvoir gérer des sous ensembles ou des mécanismes complets, il s’agit bien encore d’un monde différent de celui de la coupe des métaux, avec des contraintes bien spécifiques. Aussi, nombreux sont les exposants à n’être présents qu’à Euroblech et tout juste aux EMO.
Les résultats de l’édition 2008
Pour cette 20e édition, 1520 exposants venant de 38 pays différents ont ainsi pu présenter tous les aspects du travail et de la fabrication de la tôle ainsi que les métiers associés. Pendant les cinq jours qu’aura duré l’exposition, les 69400 visiteurs qui se sont pressés au salon auront pu découvrir un grand nombre d’innovations, s’informer sur les technologies de pointe et juger sur pièces notamment grâce aux stands immenses peuplés de petites ou d’énormes machines acheminées sur place qui ont effectué de nombreuses démonstrations avec, souvent, de véritables ateliers qui produisaient des séries de pièces complexes et terminées.
EuroBLECH est donc le plus grand salon international pour le travail de la tôle avec ses 87700 m2 nets d’espace d’exposition. Nicola Hamann, directeur du salon de la société organisatrice Mack Brooks Exhibitions Ltd, déclare: "L’augmentation de 8% des visiteurs et des exposants est sans conteste une excellente nouvelle. Traditionnellement, EuroBLECH attire un nombre important d’exposants et de visiteurs étrangers et cette dernière édition ne fait pas exception avec ses 44,5% d’exposants et ses 35,5% de visiteurs venus de l’étranger. Les états membres de la communauté européenne ainsi que la Suisse sont bien sûr les plus nombreux, néanmoins on note une augmentation marquée des visiteurs en provenance de Turquie et d’Amérique".
76% des exposants envisagent déjà leur prochaine participation à EuroBLECH 2010 qui se tiendra du 26 au 30 octobre à Hanovre en Allemagne. Notons que la part d’étrangers présents à une telle exposition est élevée pour un salon allemand et comparable à celle d’une EMO.
Quelques tendances fortes se dégagent de l’exposition :
La poussée des machines combinées
Les machines de découpe à jet d’eau ou à tête laser comportent désormais une tête de fraisage ou de taraudage en option, voire de marquage. Les poinçonneuses reçoivent depuis longtemps des outils multifonctions capables de fraisurer, ébavurer, marquer ou tarauder, etc... Précurseur dans le domaine de la commande électrique économique de ses machines, le japonais AMADA proposait une nouvelle génération de machines combinées de découpe laser/poinçonnage comme la remarquée LC 2012 C1 NT qui démarche une nouvelle niche de marché pour ce leader du poinçonnage. Basée sur la série AC-NT, ce modèle dispose d’une source de 2500 W ainsi que du fameux servo moteur électrique de la marque pour les opérations de poinçonnage.
Chez ce fabricant, les machines EML associent déjà les performances du poinçonnage électrique, du formage double effet, du taraudage multi-postes et de la découpe laser. Leur concept original permet de distinguer complètement les différentes zones de travail.

Fig. 1 - La LC 3015 F1 NT machine de découpe laser d’AMADA avec sa table automatique.
Citons aussi la superbe unité de découpe laser, LC-4020 F1-NT. Cette machine accepte des tôles de 4 x 2 m et dispose de sources allant de 2500 à 6000 W. Développée avec FANUC, la tête de découpe F1 "flying optic "est capable de faire varier sa focalisation de façon telle qu’avec une simple lentille de 7,5", il est possible de couper indifféremment entre 0,8 et 28 mm d’épaisseur à des vitesses atteignant 170 m/mn. Les trois axes du support de tête sont munis de moteurs linéaires qui assurent un respect très fin des trajectoires les plus fermées en découpe fine. A ce propos, M.Okamoto, président & CEO d’Amada déclarait vouloir doubler sa part de marché en Europe, à savoir atteindre 30% et investissait massivement en conséquence à la fois dans des produits novateurs et des "Centres de Solution" comme celui de Haan en Allemagne. La réaction du marché à ces nouvelles machines sera à suivre de prés.
Chez les géants ne pas oublier de s’intéresser aux nains...
Le leader des leader, TRUMPF, avait un stand qui ressemblait plus à un - grand - village avec des pôles de technologie bien identifiés. TraMetal a fait état des nouveautés 2008 les plus marquantes dans le numéro 120 mais le spécialiste allemand excelle aussi dans les petites presses plieuses sécurisées série 7000 ainsi que dans les matériels portatifs. Le nettoyage des couteaux support pour les découpeuses laser est un calvaire, gourmand en temps et peu valorisant qui se trouve résolu avec un appareil comme le TruTool TSC2 qui vient épauler son aîné le populaire TSC1. Le gain en coût/productivité est de quatre environ. L’engin se déplace et se guide tout seul sur son couteau à nettoyer et les rouleaux dentés sont nettoyés par une brosse incorporée. La maintenance est des plus aisée et la construction très robuste. La TruBend 7018 est le plus petit modèle de la gamme 7000 avec une force de 180kN. Un effort tout particulier a été fait pour rendre ces machines aussi agréables à utiliser que sûres. Elles permettent une haute cadence de travail sur des pièces petites et complexes où l’ergonomie du poste de travail est essentielle. La ligne de pliage est visualisée par des diodes. Un moteur couple assure les déplacements ce qui rend la maintenance très faible.

Fig. 2 & 2 bis & 2 ter
- La petite TruBend 7036 est très compacte, l’opérateur peut travailler assis avec les bras en appui.
- Voici un exemple de petit boîtier complexe réalisable avec ce type de machine.
- Le nettoyeur de couteaux supports auto guidé TruTool TSC2.
La course à la puissance
L’on aurait pu croire qu’avec une amélioration nette du rendement des sources et des têtes laser, la course à la puissance installée allait se ralentir mais le besoin en des machines multi-têtes ou d’alimenter plusieurs équipements en simultané amène la banalisation de sources de 8kW, le même phénomène se produisant en découpe jet d’eau ou 6000 bars deviennent courants. Une machine de découpe jet d’eau quadri têtes autonomes comme la Byjet pro L travaille 5 fois plus vite que la mono tête précédente et accepte des tubes ou des poutres jusque 7,7 m. L'agencement du pont de découpe qui, sur la ByJet Pro L, est positionné au-dessus de l'axe Y, confère à ce type de machine une flexibilité accrue quant à la longueur de la zone de coupe. Des axes X de longueurs différentes sont proposés, allant de 2 à 16 mètres. La longueur de l'axe Y quant à lui est toujours de 3 mètres. La charge maximale admise de l'installation est de 38 tonnes. Une des particularités de la machine réside dans la subdivision de l'espace de travail en différentes zones de découpe, ce qui permet une considérable réduction des temps morts et, par conséquent, un accroissement net de la productivité. Pendant que la découpe s'effectue alternativement dans la moitié avant ou arrière de la machine, le chargement et déchargement se déroulent respectivement sur l'autre moitié. La manipulation des tôles est en outre facilitée par l'utilisation de cassettes mobiles, qui sont soulevées sans effort et sans danger au moyen d'un élévateur avant de pouvoir être à nouveau remises en service. Sur de telles machines, le travail effectué sur les pompes, les têtes de découpe et l’électronique
de commande et de régulation est d’une importance capitale pour permettre une précision et une qualité de travail inaccessibles il y a encore peu. Remarquons que le travail sous l’eau de matériaux composites est possible, d’autant qu’une broche de pré-perçage anti délaminage est optionnelle.
Fig. 3 - Voici la Byjet Pro L 6030 avec ses quatre têtes de découpe indépendantes bien visibles
L’automatisation, une tendance forte
Personne ne sera surpris de voir l’automatisation devenir une option obligatoire sur bien des équipements de découpe ou de formage de tôles. En revanche la taille des plaques brutes, des pièces finies ou semi finies et les dimensions souvent importantes des machines posent des problèmes d’allonge et de puissance aux robots et autres bras cartésiens.
Fanuc apporte une réponse à la course à la puissance des robots six axes avec son M- 2000IA qui offre 900 daN de charge utile et une allonge maximale de 6,2 m avec un bras allongé. Son surnom de Godzilla montre le côté impressionnant de l’engin en action qui est muni de deux moteurs couple sur chacun de ses trois premiers axes. La cible est celle du remplacement des palans manuels de chargements des machines par un système intelligent et automatisé pouvant être muni de systèmes de reconnaissance optiques. Si la demande suit, le géant japonais aura une descendance multi-versions. Cette année des robots de bonne taille étaient aussi mis à contribution pour du soudage laser en cabines fermées comme chez Trumpf ou chez REIS. De puissantes sources laser de 6 ou 8 kW conduites par fibres alimentent un ou deux robots programmés par apprentissage ou via une FAO dédiée et capables de souder 24h sur 24 sur plusieurs postes de travail alimentés par un automate.
Toujours dans les équipements automatisés, le centre de sciage circulaire de KASTO, le Kastospeed 9, est capable de s’adapter automatiquement suivant la matière travaillée, sa forme ou son diamètre. La machine existe en deux versions, une pour les non ferreux et l’autres pour les aciers jusque 140 daN. L’avance des barres ou des profilés se fait automatiquement et les bruts tombent à un débit impressionnant. Avec une telle machine, voila un goulot d’étranglement qui saute.
Les machines à ébavurer, brosser, polir et surfacer les tôles et tubes ont des cycles entièrement programmables et sont capables de traiter des pièces unitaires ou différentes à la suite.
Les logiciels pallient la fuite des compétences
Ce secteur d’activité connaît actuellement un renouvellement considérable de ses opérateurs à la fois parce que tout une classe d’âge va prendre sa retraite et aussi parce que l’embauche a longtemps été gelée. Aussi la perte de compétences devient criante d’autant que l’attrait des jeunes pour le formage est encore moins fort, s’il se peut, que pour celui de la coupe. En outre, nombreux sont les sous-traitants qui investissent dans des machines de pliage ou de poinçonnage afin de mieux répondre aux attentes de leurs clients, mais sans connaître ce nouveau métier. Les fabricants ont donc tous ressenti le besoin impérieux de proposer des logiciels et des interfaces intuitives, conviviales et permettant de démarrer rapidement en production sans formation poussée.
Mais en amont, au niveau de la conception des outillages, des outils à suivre ou du choix des techniques de formage alternatives (hydroformage, outil caoutchouc, etc) la demande d’aide des entreprises est tout aussi criante. De grands noms de l’automatisation comme BOSCH-REXROTH développent des systèmes d’automates intelligents et surtout communicants entre eux ou avec des magasins de bruts voire des robots de chargement. Des éditeurs comme AUTOFORM créent des modules d’aide au choix du revêtement pour des outillages de forme avec identification des zones critiques. La simulation des process devient incontournable en cette édition 2008, ce qui est assez nouveau pour la profession, du moins en France.
Un éditeur spécialiste, VERO International présente VISI Progress V16, la nouvelle version de sa solution de conception des outils progressifs. Une version qui va radicalement changer le quotidien des outilleurs de par ses nombreuses nouveautés. Les outilleurs apprécieront au premier chef, les fonctionnalités de dépliage des bords tombés non linéaires. Plusieurs méthodes sont proposées pour réaliser le développé (développé à zéro pour
obtenir directement le flan ou jeu sur les angles de pliage). VISI progress s'appuie notamment sur des surfaces pour obtenir ce résultat inégalé. L'utilisateur va gagner en souplesse de travail comme en productivité. La technologie permet de réaliser facilement les outillages les plus complexes comprenant des formes quelconques.
Fig. 4 - Voici le type de préparation d’outil à suivre dont Visi Progress V16 se charge avec VisiModelling.
Plier, déplier, replier est encore plus facile avec encore moins de manipulations. L'arbre de construction a été modifié pour permettre à l'utilisateur de s'appuyer sur une reconnaissance complète de la géométrie et de la topologie de la pièce (surfaces planes, bords tombés, tangences …). Cette reconnaissance automatique accélère d'autant le process de construction de la bande: le logiciel reconnaît rapidement le type et les caractéristiques des éléments et en tient compte. L'utilisateur peut également modifier la géométrie et le process pour intégrer ses connaissances métier. Il peut notamment changer les bords tombés pour faire évoluer le flan et le process, considérer le flan comme une contrainte, développer partiellement la pièce ou choisir les éléments à prendre en compte pour la définition du flan. Lorsque la pièce est conçue, il peut, à tout moment, ajouter des plis supplémentaires. Quelques clics de souris suffisent pour créer un segment et d'indiquer l'angle de dépliage de la patte.
Lors de la définition de la bande, l'utilisateur peut à présent très facilement définir des pièces miroirs. Il peut aussi optimiser la matière en utilisant les nouvelles fonctionnalités d'imbrication automatique. Son choix sera facilité par la présentation sous forme d'un tableau de l'ensemble des possibilités. Cette fonctionnalité permet naturellement d'éviter les pertes matière et de faire un chiffrage au plus juste.
D'autres améliorations ont été intégrées pour faciliter au quotidien le travail des concepteurs. Par exemple, le nombre de ressorts et leur positionnement est automatiquement défini par le logiciel. Les poinçons de formage peuvent eux aussi être créés de façon automatique. D'une façon plus générale, le travail de simplification de l'interface utilisateur effectué par Vero et les évolutions apportées au module VISI Modelling (simplification des opérations de création et prolongation de surfaces même très complexes, amélioration de la mise en plan, facilité de gestion des zooms ou de sélection de pièces dans un assemblage …) sont autant d'atouts à la disposition des outilleurs qui vont apprécier la prise en compte de leurs demandes et l'efficacité de cette nouvelle version.
Des nouveautés remarquables en poinçonnage
Chez SALVAGNINI sur un stand spectaculaire avec toutes les machines fonctionnelles, les nouveautés continuent avec, entre autres, la présentation, en première mondiale, de la toute récente série " X ", nouvelle version des systèmes de poinçonnage-cisaillage S4 qui offre d'importantes innovations technologiques et structurelles. Comme pour les versions précédentes, la tête multipresse reste l'une des principales caractéristiques. Constituée d'une tête dont les différentes positions sont occupées par les outils nécessaires à la production, cette solution technique ne manque pas d’avantages. En effet, contrairement aux poinçonneuses traditionnelles qui, elles, n'ont qu'une seule presse et un mécanisme qui déplace automatiquement l'une des paires poinçon-matrice du magasin outils à la position de travail, grâce à sa tête multipresse, la S4X dispose d'autant de presses que d'outils disponibles. Ainsi, chaque outil peut être activé à tout moment et travailler indépendamment des autres dans la position où il se trouve, sans devoir arrêter l'usinage pour le changement d'outil. Ce principe assure des performances inégalées en ce qui concerne la productivité, la durée du cycle et l'usure des outils.
Adjacente à la tête multipresse, intégrée sur la même structure, on trouve la cisaille, une option constituée de deux lames inférieures et deux lames supérieures orthogonales entre elles, indépendantes et de la même longueur. En mesure d'exécuter des coupes de n'importe quelle longueur selon les instructions contenues dans le programme, la cisaille est un système multifonctions particulièrement compact et performant.
L'intégration tête multipresse-cisaille, autre exemple de machine combinée, offre de nombreux avantages. En effet, les nouvelles fonctions du manipulateur et la CN propriétaire permettent de travailler par imbrication sans chutes de prise. La cisaille Salvagnini peut diviser le flan chargé en pièces de n'importe quelle dimension sans chutes comme avec les poinçons à découper et sans chutes de prise des pinces. De plus, avec la fonction Punch & Cut, les poinçonnages relatifs à une imbrication ou à des flans multiples sont reconnus, regroupés et exécutés selon la séquence des pièces. Cela permet d'optimiser le flux productif et d'organiser efficacement les usinages en aval dans le cas de productions multiples, par kits ou par lots unitaires.
Les principales nouveautés de la S4X concernent le manipulateur. Entièrement redessiné, le nouveau chargeur coulisse sur des glissières fixées sur la partie inférieure de la structure en col de cygne, ce qui garantit une meilleure précision, le préhenseur allégé est doté de 7 pinces et de 7 butées mécaniques tandis que les axes X et Y sont chacun dotés d'une paire de moteurs électriques.
Dans cette nouvelle architecture, les deux moteurs de l'axe X, sur les côtés du bâti, adoptent une mécanique révolutionnaire avec une nouvelle logique de contrôle "handover" développée par Salvagnini, tandis que les deux moteurs sur Y actionnent deux vis à billes en gantry. De ce fait, le nouveau manipulateur augmente considérablement les dynamiques et les vitesses maximums, réduit les temps de cycle au profit de la productivité de la machine et améliore la qualité des usinages grâce au guidage parfaitement équilibré.
Grâce à la CN maison, la logique de contrôle handover et les techniques de commande avancées permettent de faire fonctionner les moteurs avec des rampes d'accélérations variables au sein d'un même processus d'usinage: la machine réduit ainsi le temps de cycle, quantifiable en une augmentation moyenne de la productivité de 15%. L'utilisation de composants de dernière génération à haut rendement et le nouveau dessin du système hydraulique ont permis d'augmenter les performances et l'efficacité de la machine tout en réduisant les consommations de plus de 30%, en obtenant également une faible émission de bruit et des résultats importants relatifs à la durabilité environnementale.
Comme tous les systèmes Salvagnini, le centre de poinçonnage S4X peut fonctionner de manière autonome, comme cellule individuelle, ou être muni d'unités de chargement et d'évacuation pour une production sans surveillance. (Fig 5 & 5 bis)

Fig. 5 & 5 bis - Le système Multipresse de cette poinçonneuse salvagnini S4X est un tour de force technique destiné à des productions en série. Elle est ici présentée en version combinée avec sa cisaille.
Ce compte rendu aura, bien entendu, une suite dans notre numéro de 123 de Décembre, rubrique "Formage"...