propos recueillis par Eléonore Robert et Dominique Dubois
NUM : Évolution appliquée
Le fabricant français de commandes numériques, NUM, est sorti cette année du Groupe Schneider-Electric, tout en conservant avec lui des liens commerciaux privilégiés, pour une nouvelle liberté d’action impulsée par le Groupe Verdoso, son actionnaire principal. Son nouveau siège social est basé en Suisse, conférant une dimension internationale, avec ses filiales aux Etats-Unis, France, Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie et Chine, sans oublier un bureau à Taïwan. Ces filiales sont responsables du marketing, de la vente et de l’assistance utilisateur tout comme les développements d’application et le service après-vente qui sont de leur ressort. Une rencontre avec le Président Directeur Général M. Jean-François Rousseau (Fig. 1) et le Directeur Commercial M. Francis Larue (Fig. 2) de NUM France, permet de faire le point sur la situation d’aujourd’hui et sur les perspectives qu’ouvre la nouvelle structure.
Fig. 1 - “NUM n’est pas dans le créneau de marché de volume, mais dans celui des applicatifs complexes et ciblés” précise M. Jean-François Rousseau, PDG de la nouvelle NUM.
J.F. Rousseau - NUM a acquis un large savoir-faire chez les utilisateurs en tant que partenaire ingénieriste pour l’automatisation des machines de production à commande CNC. C’est ce que j’ai pu constater depuis mes prises de fonction relativement récentes et il est bien clair que Num n’est pas dans le créneau de marché de volume mais dans celui des applicatifs complexes, ciblés. L’option est clairement prise pour rester dans un créneau de forte valeur ajoutée liée à la complexité des solutions apportées. Le marché est demandeur, on le sent de plus en plus.
F. Larue - Cela est certain. Après une année 2003 catastrophique, 2004 et 2005 ont amorcé le redressement qui se poursuit cette année. Néanmoins, il faut bien reconnaître que, globalement, le marché des machines-outils est sur une tendance baissière. En France, 80 pour cent des machines-outils proviennent de l’étranger. Des constructeurs se regroupent ou disparaissent et d’autres sont fournisseurs de machines associées à leur commande. La position de Num en tant que fournisseur de solutions CNC globales pour l’automatisation des machines de production - liée à l’offre d’une large gamme de produits tels que les commandes proprement dites, les variateurs d’axes et broche, pour n’en citer que quelques-uns - nous permet de poursuivre des développements logiciels dédiés pour tous les domaines d’application spéciaux.
Fig. 2 - Pour M. Francis Larue, Directeur Commercial de NUM, “les applicatifs sont développés pour simplifier la mise en œuvre et les commandes des machines, par voie de conséquence, de la production. On est dans le sur mesure, pas dans le prêt-à-porter”.
J.F. Rousseau - Ajoutez à cela l’existence de plus de 30000 systèmes en service qu’il faut maintenir, mettre à jour etc. cela représente aussi un parc à la fois existant et évolutif sur lequel on peut s’appuyer avec des décisions qui se prennent mettant en _uvre une triangulation constituée par le constructeur de machines-outils, l’utilisateur et le fournisseur de CN. Cette triangulation se retrouve dans la recherche des solutions que Num peut offrir, non seulement avec une optimisation du software et du hardware, mais également des solutions basée sur ses capacités novatrices et sur la créativité de ses spécialistes que l’on peut désigner sur sous le vocable de Brainware.
F. Larue - Tout se tient. La meilleure machine-outil ne peut travailler dans de bonnes conditions que si elle est équipée d’une CNC performante. C’est l’âme de la machine. On est dans le sur mesure, pas dans le prêt-à-porter. Les applicatifs sont développés pour simplifier la mise en œuvre et les commandes des machines, par voie de conséquence, de la production.
J.F. Rousseau - Ayant un œil neuf dans le domaine, je ferai un parallèle avec celui d’où je viens, celui de l’informatique. Tout comme pour la CN, je pense que la route à suivre est la même, à savoir développer des logiciels pour que l’utilisation du produit soit de plus en plus facile et conviviale. C’est dans ce sens que l’on va en mettant en œuvre les derniers développements haute technologie, commandes, asservissements, etc.
F. Larue - Num peut s’appuyer sur des équipes nanties d’une expertise et d’une expérience mondiale de longue date, liées à la créativité indispensable pour avancer.
J.F. Rousseau - En effet, en outre, plus du quart du personnel de l’entreprise est dans le service Recherche & Développement. L’expertise pluridisciplinaire est un des gros atouts du groupe. Le but de Num est d’accompagner son client durant toutes les phases du processus de production et de garantir la qualité du service jusqu’au bout. L’immobilisme étant synonyme de régression, nous cherchons continuellement l’amélioration pour un meilleur service et une plus grande fiabilité. Tout est en place pour changer l’image de Num de constructeur de CN Franco-français, en celle d’un Num International offrant des solutions d’ingénierie haut de gamme dans le monde entier.
SIEMENS AUTOMATION FRANCE, un leader technologique
M. Michael Schroer (Fig. 3), Marketing Director Machine-Tools de SIEMENS AUTOMATION FRANCE a répondu aux questions de la Rédaction de TraMetal
Fig. 3 - “Siemens souhaite continuer à être un partenaire fort de la machine-outil en Europe. Seule une étroite coopération nous permettra de pargenir à relever les défis du futur” déclare M. Michael Schroer, Marketing Director Machine-Tools de SIEMENS AUTOMATION FRANCE.
> Situation des marchés
Pendant les dernières décennies, les marchés ont considérablement évolué. Les Etats-Unis, par exemple, qui hier encore étaient avant tout un pays producteur sont aujourd’hui un marché qui importe la majeure partie de ses machines. En Europe également, il y a eu de multiples phases de consolidation. En Allemagne, par exemple, la tendance aux machines haut de gamme s’est nettement imposée. Des évolutions similaires ont pu être constatées dans d’autres régions d’Europe. La Chine est devenue le plus grand marché consommateur pour les machines simples jusqu’aux machines moyennement complexes. Actuellement, ses besoins sont couverts par ses importations. Mais de plus en plus de machines sont aussi produites sur place. Reste à savoir quand ces machines viendront faire pression sur le marché international. En France, les industries automobile et aéronautique avec leurs cycles d’innovations ont une influence considérable sur le développement du marché français de la Machine-Outil. Ceci ne se voit pas seulement localement et sur le plan technique mais également dans un milieu agissant de plus en plus globalement.
> Développements techniques
Les machines 5 axes, les solutions pour faciliter la programmation en atelier, l’intégration de solutions IT pour la saisie des données de fonctionnement et la conduite machine sont devenues des composantes indispensables des entreprises à forte productivité. De même, les thèmes du diagnostic et de la maintenance sont au cœur de l’actualité. A l’avenir, nous verrons d’autres évolutions notamment liées à l’homothétie, à la modularité, sans oublier l’optimisation de la programmation et de la conduite des machines. Sur des thèmes tels que ShopMill/ShopTurn, la sécurité, ou notre nouvelle Solution Line et Profinet, Siemens donne la tendance et s’impose comme un leader technologique. Pour le développement de nouveaux concepts de machines, d’autres outils de simulation et de nouveaux concepts d’entraînements deviendront de plus en plus importants. Ici encore, Siemens donne la tendance depuis des années (simulateurs de machines et de processus, moteurs linéaires et moteurs couples).
Votre projection pour les trois à cinq années à venir ?
> Le marché européen
Il subira la pression de la Chine et des autres régions. Il devra donc mettre à jour de nouveaux potentiels de productivité et se concentrer sur ce qui fait le succès de la construction européenne de machines: une excellente productivité, la flexibilité, la qualité et la force d’innovation.
> Le marché mondial
De nouvelles régions vont à long terme entrer dans le cercle des grands producteurs et se développer, passant du secteur des entrées de gammes au secteur des gammes moyennes. L’Inde également va se développer de façon fulgurante et connaître un développement comparable à celui de la Chine. Afin de connaître le succès à long terme sur ce terrain en tant qu’acteur global, nous devons en Europe et surtout en France nous rappeler nos forces et continuer à creuser notre avance en terme d’innovation.
> Les développements techniques
Homothétie, modularité et mise en réseau. Solutions intelligentes pour la mise en réseau et gestion des moyens de production, simplification continue et standardisation de la programmation et de la conduite machine, nouveaux concepts d’entraînements tels que les moteurs couples ou les moteurs linéaires.
- Comment ressentez-vous l’intérêt des industriels à renouveler leur équipement pour bénéficier des avantages des machines de dernière technologie ?
Le nombre de nouvelles machines devant répondre à des exigences de plus en plus importantes (en termes de technologie, sécurité ou disponibilité par exemple) s’est constamment accru au cours des dernières années - qu’il s’agisse de machines simples ou complexes. Ceci est une tendance continue car les forces d’innovation montrent sans diminuer leur succès sur le marché.
Conclusion
La coopération en Europe a produit d’excellents résultats dans de nombreuses industries. En prenant l’exemple d’Airbus, on peut voir quels résultats magnifiques la coopération dans un monde concurrentiel peut apporter. De nombreux exemples similaires se trouvent également dans le domaine de la construction automobile. Siemens souhaite continuer à être un partenaire fort de la machine-outil en Europe. Seule une étroite coopération nous permettra de parvenir à relever les défis du futur.
De vrais outils faciles d’accès chez MASTERCAM
La rédaction de TraMetal a rencontré M. Yves Pitou (Fig. 4), Directeur de MASTERCAM France.
Fig. 4 - Pour M. Yves Pitou, Directeur de MASTERCAM France, “les plus grosses évolutions notables sont la programmation 5 axes simultanés utilisable par tous et le 3D efficace démocratisé”.
M. Yves Pitou, quel est votre constat sur les dix années écoulées ?
> Situation des marchés
Le client prodigue est devenu gestionnaire!
Le passage d’un marché de premier équipement dans des sociétés gagnant beaucoup d’argent et aux carnets de commandes chargés à moyen/long terme à un marché de sociétés gérant au plus près et avec peu de visibilité est une réalité avec laquelle il a fallu composer. Dans le même temps, il y a eu une bascule d’un marché plutôt 3D (moulistes, outilleurs) à un marché de mécanique (générale, précision, aéronautique).
La conséquence pour les éditeurs c’est un prix moyen des affaires en forte baisse: prix négociés, nombre de licences diminué (la mécanique consomme moins de logiciels que le moule) et montant des affaires faible (le 3D du mouliste est plus cher que le 2D acheté pour la mécanique). Par contre le travail à fournir par l’éditeur est supérieur puisqu’il y a plus de travail pour réaliser des post-processeurs de mécanique que pour équiper un mouliste.
En conclusion le marché aujourd’hui est un marché de renouvellement, beaucoup plus concurrentiel, où chaque affaire est âprement disputée et où le service à fournir est plus important (post-processeur, formation et assistance technique). Une remarque importante: Mutation constatée d’un marché où la compétence humaine restait abondante à une pénurie de vocations. Donc rationaliser l’utilisation des compétences techniques restantes dans les entreprises est une obligation. La perte de compétitivité des entreprises due aux taxes ou aux 35 heures ne doit pas cacher l’érosion lente du savoir-faire mécanique dans les entreprises.
Ceci doit être pris en compte par les éditeurs de FAO : il faut faire des systèmes simples à utiliser, qui valorisent les compétences d’usineur du programmeur en lui faisant gagner du temps. Il faut garder la modestie de faire un vrai outil plutôt que des annonces marketing.
L’offre FAO se resserre. Pas ou pratiquement pas de nouveaux éditeurs (ni même de nouveaux distributeurs). Ceux qui restent ont une dimension internationale ou essayent de l’avoir. Les spécialistes tentent de devenir des généralistes. Tout cela demande des moyens et de l’investissement en développement et en action commerciale. Je ne vois pas de réussite spectaculaire dans ces essais de changements de positionnement. Les acteurs et la hiérarchie n’ont pas beaucoup changés ces dix dernières années.
Les points positifs pour les éditeurs de FAO, c’est que l’investissement dans des machines 5 axes et des machines multi-tâches imposent l’utilisation de logiciels de programmation. L’investissement machine étant lourd le client discute moins les prix s’il à la certitude d’acquérir une solution technique qui marche.
En outre, l’investissement est nécessaire pour optimiser les compétences humaines plus rares de l’entreprise.
> Développements techniques
Les plus grosses évolutions notables: la programmation 5 axes simultanés utilisable par tous, le 3D efficace démocratisé.
Par contre, je n’en vois aucune en 2D. L’usinage sur du solide? Pas encore un vrai progrès. Plus l’obligation qu’a eu la FAO de suivre la CAO. Le résultat c’est qu’il faut plus de temps aujourd’hui pour programmer en 2D une pièce dessinée en solide qu’il n’en fallait il y a 10 ans pour programmer à partir de fichiers DXF.
> Produit majeur ou révolution technique
L’usinage sur solide est un progrès à venir.
Je ne vois aucune révolution technique ces 10 dernières années.
- Votre projection sur les trois à cinq années à venir ?
- Le marché européen / le marché mondial
Je n’ai pas accès aux chiffres et statistiques permettant d’analyser le marché de la mécanique et de la FAO. Par contre, je peux dire ce que je vois à travers la lorgnette Mastercam. Des ventes de FAO en progression constante de 10 à 15% par an depuis cinq ans. Des chiffres qui correspondent à la réalité d’un marché en progression puisque CNC Software, la société qui développe Mastercam, ne fait aucune vente directe. Les chiffres annoncés reflètent des ventes sèches de licences: pas de matériel, pas de formation, pas de développements spécifiques.
Ce sont des ventes effectuées au niveau mondial.
En Europe les ventes sont stables depuis cinq ans (en dehors des variations de quelques pour cent d’une année à l’autre).
Donc un marché porteur au niveau mondial. Pour l’Europe, un marché qui semble se remettre à progresser, y compris en France - le premier trimestre 2006 de ventes de Mastercam est le meilleur premier trimestre depuis cinq ans, avril et mai confirmant cette tendance.
Nous sommes peut-être revenu à un point d’équilibre entre l’offre et la demande. Les entreprises compétentes gagnent de l’argent et investissent.
- Les développements techniques
- Le 3D automatique banalisé - c’est plus une évolution en terme de prix.
- Le 5 axes simultanés de plus en plus automatique.
- Une vrai exploitation des avantages d’usiner un modèle volumique.
Au-delà de la reconnaissance de features, forcément limitées sans une norme universelle, la reconnaissance topologique et la proposition de l’usinage associé totalement personnalisé. Ce dernier mot, “personnalisé”, étant essentiel; les vrais mécaniciens ne se contentant pas de la solution standard d’usinage proposée par l’éditeur.
- Le recrutement
Comme indiqué plus haut, ce qui manque aujourd’hui à la mécanique en France, c’est la compétence technique. Les armées de mécaniciens compétents formés dans les années 60 partent progressivement à la retraite. Ils ne sont pas remplacés. Les jeunes formés à la mécanique à cette époque étaient les meilleurs de leur classe d’age. Des jeunes qui n’étaient pas destinés à faire des études longues pour raisons culturelle ou sociologique.
Aujourd’hui on veut les remplacer par des jeunes rejetés par toutes les autres filières.
- Message à faire passer en priorité ?
Si l’on veut donner un avenir à la mécanique en France, il faut former des jeunes ou ouvrir les frontières à l’arrivée de main d’œuvre de pays à forte culture mécanique.
Car pour que nous vendions des logiciels en France (et les fabricants, des machines-outils) il faut des hommes pour les faire tourner.
- Comment ressentez-vous l’intérêt des industriels à renouveler leur équipement pour bénéficier des avantages des machines de dernière technologie ?
Les industriels sont effectivement tous intéressés à renouveler leur parc machine avec des machines-outils de dernière génération pour améliorer leur productivité en diminuant le pourcentage d’intervention humaine dans le prix de revient des pièces fabriquées et pour se positionner sur des marchés de pièces à valeur ajoutée.